Discours de M. Paul Günter, conseiller national, membre de la délégation suisse, lors de la discussion sur le point supplémentaire à la 105ème Conférence interparlementaire à Havana, le 4 avril 2001
Contribution des parlements du monde entier à la lutte contre le terrorisme, en conformité avec la résolution 55/158 de l' Assemblée générale des Nations Unies
La Suisse rejette le terrorisme tel qu'il est défini par la résolution de l'ONU. Elle soutient par conséquent tous les efforts qui, sur le plan international, visent à endiguer ce fléau. C'est pourquoi la Suisse a signé et ratifié l'accord sur la lutte contre le terrorisme du 27 janvier 1977. Sous réserve, toutefois, de pouvoir refuser une extradition demandée pour juger un crime de nature politique.
Voici 710 ans, un paysan nommé Guillaume Tell tua le Seigneur des lieux, au coeur de la Suisse. De son nom Gessler, ce Seigneur y représentait l'empereur d'Autriche. Cette frappe mortelle partie de l'arbalète de Tell donna le ton au soulèvement et à la naissance de la démocratie suisse. Comme le coup était parti de l'arrière,Tell fut sans doute considéré par les Autrichiens comme un terroriste.
Un Palestinien qui commet un attentat-suicide est considéré par les Israéliens comme un terroriste de la pire espèce. C'est pourquoi ils réagissent avec des mesures anti-terrorisme indiscriminées qui touchent des parties entières de la population. Pour les Palestiniens, qui subissent la répression, l'auteur de l'attentat est un soldat qui se bat pour sa patrie, un martyr.
Aux yeux de Batista et des siens, Che Guevara était un terroriste. Les millionaires cubains qui vivent aujourd'hui en Floride en pensent de même. Mais pour les Cubains qui vivent sur l'île, le Che est toujours un héros, un idéal, chanté et aimé.
Celui qui est considéré aujourd'hui comme un terroriste politique, peut être considéré demain comme un héros de la libération. Suivant l'issue d'un conflit, la perception change au cours de l'histoire.
C'est précisément ce qui rend la lutte contre le terrorisme difficile.
A mon sens, le terrorisme est particulièrement abject dès lors qu'il prend pour cible des innocents. Et surtout lorsqu' un acte terroriste est perpétré pour attirer l'attention. J'en veux pour exemple l'attentat de Oklahoma City, où, pour des raisons difficiles à saisir, un homme a fait exploser un bâtiment entier en tuant des dizaines de personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants. Ils étaient tous innocents et n'avaient aucun lien direct avec le terroriste ou son action.
Hormis les victimes directes du terrorisme -les morts et les blessés, leurs familles- il y a un autre aspect qui est très préoccupant et dont on parle très peu: le terrorisme mine la démocratie. Les actes terroristes qui prennent comme cible des régimes autoritaires donnent à ceux-ci des raisons idéales pour piétiner les droits de la personne humaine et limiter les libertés des citoyens. Les terroristes provoquent ainsi des mesures de rétorsion dures et indiscriminées dans leur ampleur.
Celles-ci touchent et blessent à leur tour de nombreuses personnes qui, jusqu'à ce moment-là, n' étaient pas impliquées mais qui, précisément à cause de ces mesures, soutiendront désormais les groupes terroristes. Cette surenchère pratiquée par les deux parties fait en sorte que l'une et l'autre profitent de la polarisation extrême qui s'est créée. Ce sont pour finir la démocratie et les droits de l'homme qui constituent les victimes de cet évolution.
Je suis absolument convaincu que pour maîtriser le terrorisme il faut surtout plus de justice dans le monde. Cette notion de justice ne comprend pas uniquement l'Etat de droit et le contrôle démocratique de l'armée, mais aussi le droit à l'alimentation, à la formation, la liberté d'expression et la libre élection de ses représentants au Parlement.
Une telle société possède sa propre force et ne donne au terrorisme aucune possibilité de se développer.