UIP / IPU Union interparlementaire / Interparliamentary union
Conférence de Windhoek (Namibie), avril 1998

Mémoire déposé par Mr Paul Günter, conseiller national
membre de la délégation suisse

Mesures de lutte contre les effets dévastateurs du VIH/SIDA sur le plan
humain, économique et social

1) La situation aujourd'hui


a) Concernant la propagation de la maladie en Suisse

D'une façon générale, et contrairement aux prévisions initiales, la propagation de la maladie a connu un certain ralentissement. L'évolution de la situation n'en laisse pas moins présager à terme une catastrophe à l'échelle mondiale. Pour ce qui est de la Suisse, le nombre des séropositifs s'est quasiment stabilisé, même s'il ne faut pas perdre de vue que les statistiques sont quelque peu trompeuses dans la mesure où une grande partie des personnes qui ont été infectées il y a plusieurs années (souvent consommateurs de drogue ou homosexuels) sont aujourd'hui décédées. Néanmoins, les toxicomanes utilisent aujourd'hui des seringues propres, et les associations d'homosexuels ont engagé des campagnes intensives de sensibilisation, en faveur notamment de l'usage du préservatif. Il n'empêche que la maladie ne cessant de progresser chez les femmes, il faut s'attendre à une augmentation brutale du nombre des cas de sida au sein du groupe, majoritaire, des hétérosexuels.

b) Concernant la prévention

- Sensibilisation: depuis plusieurs années, sans relâche et à grands frais, les autorités suisses utilisent tous les médias pour informer la population sur le sida, et notamment la télévision (en diffusant par ex. des messages en faveur de l'usage du préservatif). Selon l'évolution de la maladie, l'accent est mis sur tel ou tel groupe à risques: homosexuels, prostituées (et leurs clients), jeunes, couples.
- Aide aux malades: il s'agit d'associations locales, à caractère privé, au sein desquelles travaillent des personnes directement concernées, et qui bénéficient d'un soutien important de l'Etat.
- Transfusions de sang: le sang prélevé est obligatoirement contrôlé au moyen d'un test indiqué à l'avance. Les résultats sont aujourd'hui si fiables que le risque d'une transmission du virus par transfusion sanguine est devenu infime.

c) Concernant la propagation de la maladie ailleurs qu'en Suisse

- En Europe, le nombre des toxicomanes et des homosexuels contractant la maladie est en constante régression, grâce à l'usage accru de seringues propres et aux campagnes d'information. Mais elle continue de progresser chez les hétérosexuels (même si l'on observe un certain ralentissement). Ainsi, même en Europe, le problème est encore loin d'être réglé, notamment dans les pays de l'Europe centrale et orientale, où le nombre de cas de sida est en forte augmentation.
- En Afrique, la situation est tout simplement catastrophique, sans qu'une amélioration soit en vue.
- En Asie, la maladie progresse rapidement partout.
- En Amérique du Sud, la maladie se propage à vive allure.


Remarque: plus une maladie se propage rapidement, plus elle tend à devenir dangereuse. Le VIH se caractérise par une forte mutabilité. En théorie, il est même envisageable que le mode de transmission se modifie (cf. le virus de la grippe, dont le taux de mutation est lui aussi très élevé). Si la maladie devait pouvoir se contracter par les voies respiratoires, ce serait une catastrophe pour la terre entière.


2) Les mesures à prendre au niveau international

La situation est aujourd'hui telle que dans tous les pays du monde, les mesures à prendre sont identiques ou presque, les seules différences concernant leur intensité et la rapidité avec laquelle elles doivent être mises oeuvre, qui dépendent de l'avance de la maladie. Tant qu'un vaccin efficace n'aura pas été trouvé, la prévention demeure le seul moyen d'endiguer l'épidémie.

Le problème spécifique du sida
Seules les épidémies contre lesquelles il a été possible de trouver un vaccin ont pu être combattues efficacement (par ex.: poliomyélite, variole, diverses maladies infantiles graves). Or, après avoir fait preuve au début d'un véritable enthousiasme et dépensé des sommes considérables, l'industrie se désengage aujourd'hui de façon inquiétante de la lutte contre le sida, les entreprises pharmaceutiques importantes ayant toutes cessé peu ou prou leurs recherches sur la question. En effet,
- d'une part, il s'est révélé extrêmement difficile de mettre au point un vaccin, en raison des connaissances insuffisantes dont la science dispose sur le virus, mais aussi en raison de la mutabilité qui caractérise ce dernier (du moins superficiellement), les chercheurs voyant leurs efforts réduits à néant avant même d'avoir fini de tester un nouveau vaccin;
- d'autre part, l'industrie chimique a mis au point des substances chimiques qui, combinées correctement, peuvent arrêter, ou du moins freiner, l'évolution de la maladie. Elle s'est ainsi constitué une clientèle qui est contrainte, sous peine de mort, d'acheter ces médicaments, et qui est évidemment prête à les payer au prix fort. Vu les bénéfices que l'industrie tire de cette situation, elle n'a pas véritablement intérêt à tout entreprendre pour mettre au point un vaccin (qui, en cas de succès, entraînerait la disparition du marché des médicaments précités).


A Recherche d'un vaccin et accès au traitement

Compte tenu de ce qui précède, il y a lieu:
- d'inviter tous les pays du monde, et plus particulièrement les pays industrialisés, à investir massivement dans la recherche contre le sida
- de contraindre l'industrie chimique à abaisser sensiblement les prix publics des traitements anti-sida (par ex. en supprimant les droits liés à la protection par brevet, en concluant des accords avec l'industrie de chaque pays, etc.).




B Prévention

Il y a notamment lieu:
1) d'informer les jeunes en matière de sexualité et sur les dangers de rapports non protégés, en leur expliquant notamment, y compris aux filles, la façon d'utiliser un préservatif.
2) de faciliter l'achat par tous de préservatifs, à un prix abordable, la meilleure solution étant de faire assurer leur distribution par de grandes chaînes de magasins (par ex. la Migros en Suisse). L'information des femmes constitue là aussi un élément clef.
3) d'informer sur les dangers de la consommation de drogues dures, notamment sur la nécessité d'utiliser des seringues propres, et de donner aux toxicomanes de se procurer facilement de telles seringues.
4) d'informer les groupes à risques.
5) de donner aux prostituées la possibilité de se défendre contre les clients qui veulent les contraindre à un rapport non protégé.

(la mise en oeuvre des mesures prévues aux points 1 à 5 passe par des campagnes d'information intensives, qui devraient être appuyées par les plus hautes autorités de l'Etat, et notamment par les parlementaires. Mais l'engagement des artistes a lui aussi fait preuve de son efficacité: les chansons "StopAIDS Songs" ont permis ainsi, non seulement de recueillir des fonds considérables au profit de la lutte contre le sida, mais aussi de sensibiliser les jeunes à la prévention).

6) de faire en sorte que le sang destiné à être transfusé fasse systématiquement l'objet d'un test de dépistage des anticorps du VIH (il existe aujourd'hui des tests à la fois fiables et peu onéreux). Lorsqu'il n'est pas possible de procéder à un test, il conviendrait de remplacer aussi longtemps que possible le sang perdu par des expanseurs du plasma.
7) de pratiquer en matière de stupéfiants une politique moderne, prévoyant notamment la distribution de seringues propres et de méthadone (voire d'héroïne).

C Tendances à venir et mesures à prendre en conséquence

Un certain nombre de faits et tendances sont dangereux et exigent d'être combattus. Ainsi:
- les cris de victoire poussés par l'industrie chimique suite à la mise au point de médicaments prolongeant la survie des malades ont suscité dans certains pays le sentiment que le problème était maîtrisé (ce qui est faux) ( il importe de combattre cette illusion au moyen de campagnes d'information: le sida progresse et reste une maladie terrible pour les personnes qui l'ont contracté.
- la recherche se concentre sur le développement de médicaments au lieu de privilégier la mise au point de vaccins (voir plus haut).
- la maladie progresse surtout là où l'homosexualité est tabou, où un grand nombre de personnes ont besoin pour vivre de se prostituer, ou encore où un gouvernement autoritaire refuse de prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe qui se profile.
- la nécessité d'informer en particulier les femmes n'est pas prise en compte autant qu'il le faudrait; or, une campagne qui néglige l'information des femmes ne peut être que vouée à l'échec.
- l'action menée à ce jour a permis de se rendre compte que les mesures plus efficaces sont celles qui sont mises en oeuvre avec l'accord et l'appui des intéressés.
- plus le nombre de gens acceptant de subir un test de dépistage du sida sera important, et plus la lutte sera efficace (voir plus haut). Mais il est extrêmement important que les données concernées soient tenues confidentielles: s'il existe un risque qu'elles soient transmises aux compagnies d'assurance ou aux caisses de pension, plus personnes en effet n'acceptera de s'y soumettre (il semblerait au demeurant que certaines compagnies aient déjà parfois refusé de conclure un contrat suite à certaines fuites) ( il faut donc exiger que soit interdite la transmission de telles données.
- concernant le dernier point, il y a également lieu de faire en sorte que l'employeur ne puisse exiger de test VIH des personnes postulant en emploi.

Rappel: plus une maladie se propage rapidement, plus elle tend à devenir dangereuse. Le VIH se caractérise par une forte mutabilité. En théorie, il est même envisageable que le mode de transmission se modifie (cf. le virus de la grippe, dont le taux de mutation est lui aussi très élevé). Si la maladie devait pouvoir se contracter par les voies respiratoires, ce serait une catastrophe pour la terre entière. C'est là une raison supplémentaire de tout faire pour freiner la propagation de la maladie.

Une tendance cependant est réjouissante: les mesures de lutte contre le sida, et notamment les campagnes d'information, ont permis de faire reculer un peu partout les autres maladies vénériennes.